• «C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche»                  Pierre SOULAGES.


    Peut-être pourrions-nous ajouter: «c’est parce que je cherche que je crée».


    Invitation à jeter un regard sur l’oeuvre de l’artiste, c’est à dire sur une partie de son voyage ; étymologiquement, voyage signifie la route et les provisions nécessaires. Voyage en toute liberté au gré des vents, des humeurs, des joies, des questions. Chaque oeuvre est l’expression d’une éclosion vitale, à un moment donné, dans un lieu donné, avec des matériaux précis ayant chacun leur exigence.


    Derry n’est pas l’homme «scoop». Il est l’HUMAIN (humus) qui s’interroge, et dans l’intimité pose un regard sur le monde, le cosmos, l’homme et la nature. Il n’est pas l’homme du plein soleil, mais de la lumière de l’aube, de la vêprée. Lumière qui n’écrase pas mais qui, horizontale, pénètre. Il n’est pas l’artiste d’une école, d’un système, mais le saltimbanque ouvert à tout et à tous. Il explore tous les matériaux susceptibles d’orienter sa création: crayons, encres, acrylique, gouache, pastel, dessin, infographie, sculpture, décors pour le théâtre.


    Ses oeuvres accouchent d’un mystère intérieur tant par des couleurs unifiées sortant peu à peu des brumes, tant par des formes tantôt nettes, accomplies, tantôt suggérées, parfois même à la limite de l’abstraction. Chaque oeuvre se développe par son graphisme qui n’est autre que le graphisme intérieur de l’auteur dans sa recherche. Graphisme ébauche et graphisme porté à sa fin qui marquent la réalité de la vie. L’oeuvre se crée dans ses variations. L’artiste ne s’impose pas à elle, il l’explore ; elle est son maître, son révélateur intérieur. Elle est son maître mais il en est l’architecte. Histoire de deux amants. On ne sait pas qui de l’artiste ou de l’oeuvre prend possession de l’autre.


     

    Admirer une oeuvre d’art, c’est se laisser interpeller, être remis en question et pour tout dire «entrer en dialogue».

    Entrer en dialogue, que ce soit pour l’artiste, que ce soit pour nous «regardeurs»,


    . Avec l’oeuvre par une observation aussi bien de la technique que du sens.

    . Entrer en dialogue avec soi: c’est ce que je vis;  qu’est-ce que je pense? 

      Quelles sont mes impressions?


    . Entrer en dialogue avec l’artiste.

    D’abord à travers son oeuvre, qu’exprime-t-il?

    Ensuite par la parole, l’échange que je peux avoir avec lui.


    . Entrer en dialogue avec les autres. L’oeuvre devient le lieu qui unit les «regardeurs entre
    eux, les ouvre à un univers 
    partagé», non tant par ce qui est représenté mais bien par la présence qui se dégage de l’oeuvre !


    Le chemin proposé révèle différents terrains et techniques de création.

    . D’abord des oeuvres infographiques sur base de photos

    . Ensuite des oeuvres infographiques sur base de dessins à l’encre de Chine.

    . Puis des acryliques sur papier

    . Suivies par des aquarelles

    . Et enfin des photos pures retravaillées par les yeux du peintre.


    L’art rend durable ce qui, à l’état naturel, n’est que fugitif et passager. Si je regarde l’oeuvre «Le Tronc de Bois», grâce au travail de l’artiste, j’aperçois non pas les ombres mais la lumière intérieure, l’âme du bois. Et si je regarde les visages, en passant rapidement, à la façon d’un Kaléidoscope, je découvre des personnes changeantes comme les moments furtifs de leur vie.


    Il n’y a pas de hasard, mais simplement des rendez-vous.

    La vraie rencontre bouleverse, comme l’eau de la source tombe de la roche profonde et trouble par petits cercles qui grandissent la profondeur de la main qui la reçoit.

    Dans un même geste alors, la source et la main se caressent et s’abreuvent.

    Pierre ROMBEAU

     

     

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